Si l’economie dispose de davantage de machines ou de meilleures machines, le potentiel de production augmente. Il s’accroit egalement si la quantite de main-d’oeuvre augmente ou que le niveau de formation s’ameliore. Dans le modele, on suppose que le potentiel de production progresse en moyenne a un taux constant, la croissance pouvant s’ecarter passagerement et accidentellement de cette moyenne. De tels ecarts sont notamment causes par des innovations techniques, par un changement de l’age de la retraite ou par des migrations. L’evolution du potentiel de production determine l’evolution a long terme du revenu agrege, ce qui lui donne une grande importance. En revanche, la production effective peut, a court terme, s’ecarter du potentiel de production. Ces differences sont considerees comme des ecarts (positifs ou negatifs) de production (output gap). En periode d’expansion, la main-d’oeuvre accomplit des heures supplementaires, les machines tournent a plein regime et la production effective depasse le potentiel de production. Durant une recession, le chomage augmente et les machines ne fonctionnent pas a capacite maximale, de sorte que la production effective est inferieure au potentiel de production. De telles fluctuations conjoncturelles s’etalant dans le temps, l’ecart du prochain trimestre sera proche de l’ecart actuel. Toutefois, d’autres facteurs que cette composante de temps influent aussi sur l’ecart de production. Un de ces facteurs est le taux d’interet reel, c’est-a-dire le taux d’interet nominal qui s’applique a un credit par exemple, moins le taux d’inflation attendu. Le taux d’interet reel mesure le cout d’utilisation du capital. S’il est bas, le credit est bon marche. Par consequent, les entreprises effectuent davantage d’investissements et les menages se procurent davantage de biens de consommation durables, tels que les voitures. La demande globale augmente. Si le taux d’interet reel est eleve, le cout d’utilisation du capital est cher et la production est tot ou tard inferieure a son potentiel. Par ailleurs, la production est influencee par de nombreux autres facteurs tels que les depenses publiques, le taux de change reel, l’evolution de la conjoncture a l’etranger. Des changements concernant ces facteurs sont appeles des chocs au niveau de la demande, car ils influent sur la demande globale des biens et services. La production ne peut pas depasser tres long-temps son potentiel sans qu’il en resulte de l’inflation. La forte demande qui caracterise une expansion de l’economie permet aux entreprises de majorer les prix de leurs produits, ce qui accroit l’inflation. Inversement, une recession oblige les entreprises a faire des rabais et l’inflation diminue. C’est pourquoi le taux d’inflation devrait baisser pendant une recession. Cette relation entre le degre d’occupation de l’economie et l’inflation correspond a ce que les economistes appellent la courbe de Phillips, ainsi nommee d’apres le nom de l’economiste neo-zelandais A. W. Phillips, qui l’a, le premier, formulee. De plus, des anticipations inflationnistes et des chocs au niveau des prix influent sur l’inflation. Une modification du taux de la taxe a la valeur ajoutee ou des changements au niveau des prix mondiaux de biens importants tels que le petrole, sont des exemples de ce type de chocs. Dans notre modele, les anticipations inflationnistes sont modelisees a l’aide d’une prevision obtenue a partir d’une regression statistique qui comprend la croissance de la masse monetaire, l’evolution de la production, et le taux d’inflation retarde comme variables explicatives.6 Le modele est complete par une regle de politique monetaire qui determine le taux d’interet nominal. La regle la plus connue est celle proposee par John Taylor en 1997. La regle de Taylor fait dependre le taux d’interet nominal du taux d’interet reel, de l’ecart entre l’inflation realisee et le taux d’inflation vise, ainsi que de l’ecart de production. Lorsque le logiciel fonctionne avec le pilote automatique, la politique monetaire est simulee a l’aide de cette regle de taux d’interet.7 En pratique, la politique monetaire est encore rendue plus difficile par le fait que les statistiques economiques a la disposition de l’institut d’emission et du public sont revisees frequemment. Le jeu en tient compte par le fait que les dernieres observations de la production et de l’inflation sont entachees d’une certaine imprecision qui ne disparait que quelques periodes plus tard. Le mecanisme du modele peut donc se decrire de la maniere suivante. Des chocs aboutissent a des changements au niveau de la croissance economique et de l’inflation. Examinons par exemple le choc d’une appreciation de la monnaie nationale. Ceci a comme effet de reduire la demande au niveau des exportations et, ainsi, la demande globale. L’ecart de production diminue, attenuant par la l’inflation conformement aux predictions de la courbe de Phillips. Si le taux d’interet nominal ne se modifiait pas, le ralentissement de la hausse des prix majorerait les taux d’interet reels et renforcerait donc les pressions a la baisse sur la production et l’inflation. Par consequent, la banque centrale abaissera tot ou tard les taux d’interet nominaux pour eviter la recession et la deflation. La baisse du taux d’interet nominal reduit le taux d’interet reel lorsque les anticipations au niveau des prix restent inchangees; elle previent donc un affaiblissement de la conjoncture et le risque de deflation. Il peut arriver qu’une conjonction de politique monetaire et de chocs provoque une deflation, c’est-adire une baisse du niveau des prix. Ce taux d’inflation negatif implique – dans la mesure ou il est anticipe – que le taux d’interet reel (taux d’interet nominal moins taux d’inflation anticipe) est superieur au taux nominal. Le probleme est que le taux d’interet nominal ne peut pas descendre au-dessous de zero. Les investisseurs ont toujours la possibilite d’eviter la penalite d’un taux d’interet nominal negatif en conservant leur argent sous forme de billets de banque. Si l’on s’attend a une forte deflation, les taux d’interet reels peuvent monter a un niveau considerable et la banque centrale n’a pas la possibilite d’exercer des pressions sur les taux reels en abaissant les taux nominaux. La liquidite supplementaire qu’elle injecte dans l’economie est thesaurisee et ne peut donc pas stimuler l’economie; celle-ci est tombee dans le piege a liquidite. Les opinions divergent quant a savoir si le piege a liquidite represente davantage qu’une possibilite purement theorique. Cette theorie a ete avancee par divers economistes pour expliquer la crise economique mondiale des annees trente. Toutefois, elle a ete de plus en plus discreditee lorsqu’on en n’a plus trouve d’exemple concret. Recemment, Krugman (1998, 1999) y est toutefois revenu pour expliquer l’evolution economique du Japon dans les annees quatre-vingt-dix. Pour differentes raisons, le modele MoPoS a beaucoup plus tendance a tomber dans le piege a liquidite que l’economie reelle. Dans son principe, le piege a liquidite postule que les rendements de tous les placements liquides sont nuls (Brunner et Meltzer, 1968). Le modele utilise pour les simulations du MoPoS ne dispose cependant que d’un seul taux d’interet. Il est donc beaucoup plus probable de tomber dans le piege a liquidite avec MoPoS que dans un modele plus sophistique ou coexiste un grand nombre de marches financiers. Keynes (1936) a propose une politique budgetaire expansive pour faire face au piege a liquidite. A ses yeux, une augmentation des depenses publiques peut stimuler la demande globale et partant, faciliter un «retour vers la stabilite des prix».

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