Pour mettre en oeuvre ses intentions de politique monetaire, la Banque nationale influe sur le niveau des taux d’interet du marche monetaire. Elle assigne une marge de fluctuation d’un point au Libor a trois mois, soit le taux des depots a court terme en francs le plus important sur le plan economique, et la rend publique periodiquement. Elle reexamine sa politique monetaire a l’occasion des analyses de la situation auxquelles elle procede chaque trimestre. Si les circonstances l’exigent, l’institut d’emission adapte la marge de fluctuation du Libor a trois mois sans attendre le prochain examen trimestriel de la situation. Il motive les eventuelles adaptations. La Banque nationale influe sur le Libor a trois mois essentiellement par des pensions de titres a court terme («repos»). Afin d’eviter une hausse indesirable du Libor a trois mois, elle peut renforcer, par des pensions de titres, la dotation des banques en liquidites et reduire tendanciellement les taux qu’elle applique aux pensions de titres (creation de liquidites). Inversement, elle peut provoquer une hausse des taux d’interet en rarefiant l’approvisionnement en liquidites ou en relevant les taux de ses pensions de titres (resorption de liquidites). Les banques commerciales detiennent une part preponderante de leurs liquidites en francs suisses sous forme d’avoirs en comptes de virements a la Banque nationale. La demande d’avoirs en comptes de virements des banques commerciales decoule avant tout des dispositions legales regissant les liquidites bancaires. Depuis l’introduction des liquidites intrajournalieres, les besoins lies au trafic des paiements interbancaires – en particulier ceux des principaux etablissements – n’influent en principe plus sensiblement sur la demande d’avoirs en comptes de virements. Les pensions de titres sont conclues habituellement pour des durees allant d’un jour a plusieurs semaines. Les fluctuations a court terme des taux d’interet appliques aux pensions de titres ne refletent pas une modification du cap donne a la politique monetaire. Il faut y voir les reactions de la Banque nationale a des inegalites dans la repartition des liquidites au sein du systeme bancaire et a d’autres facteurs a court terme. Les taux d’interet appliques aux pensions de titres et le Libor ne sont pas directement comparables. Pour deux raisons, le Libor a trois mois est generalement plus eleve que les taux des pensions de titres. Dans la grande majorite des cas, les durees des pensions de titres sont inferieures a trois mois, d’ou une prime de duree plus elevee du cote du Libor a trois mois. En outre, le Libor s’applique a des credits en blanc, alors que les pensions de titres sont des prets garantis par des titres. Le Libor inclut aussi, par consequent, une prime pour le risque de credit. Les pensions de titres («repos») sont devenues le principal instrument de politique monetaire de la Banque nationale. Dans une telle operation, l’emprunteur vend au preteur des papiers-valeurs qu’il detient dans son portefeuille ou qu’il a empruntes. Simultanement, il s’engage a racheter au preteur, a une date ulterieure, une quantite equivalente de papiers de la meme categorie. Sous l’angle economique, les pensions de titres sont des prets assortis d’une garantie. L’emprunteur verse un interet au preteur pour la duree du pret. Pour la gestion du marche monetaire, la Banque nationale peut recourir egalement aux swaps devises contre francs. Elle a aussi la possibilite de placer dans des banques, en son nom, mais aux risques de la Confederation, des fonds que celle-ci a deposes a terme fixe chez elle. Ainsi, elle peut compenser des mouvements de liquidites entre les banques et la Confederation. Dans la strategie actuelle de gestion du marche monetaire, ces deux derniers instruments ne jouent aucun role et ne sont utilises qu’exceptionnellement. Par des pensions de titres, la Banque nationale met pendant la journee des liquidites a la disposition des banques, sans interet, pour faciliter le deroulement du trafic des paiements. Disponibles uniquement pendant la journee, les liquidites intrajournalieres ne peuvent etre utilisees pour satisfaire aux exigences legales en matiere de liquidites. Ces exigences se referent aux donnees en fin de journee, donc a la situation des banques apres le remboursement des liquidites intrajournalieres. Si une banque ne rembourse pas le meme jour les liquidites intrajournalieres qu’elle a obtenues, elle doit verser un interet calcule a un taux nettement superieur a celui des avances sur nantissement. Une banque confrontee a des besoins urgents de liquidites qu’elle ne peut couvrir sur le marche monetaire a la possibilite de s’adresser a la Banque nationale pour obtenir une avance sur nantissement. Ces avances sont remunerees au taux lombard officiel, et la banque ne peut depasser sa limite de credit, limite qui est garantie par un depot de papiers-valeurs. Pour eviter que les banques n’utilisent les avances sur nantissement comme source permanente de refinancement, la Banque nationale fixe quotidiennement le taux lombard deux points au-dessus du taux de l’argent au jour le jour. Selon la prevision d’inflation publiee par la Banque nationale en decembre 2000, le rencherissement devait s’accelerer legerement au cours de 2001 et passer ainsi temporairement a un peu plus de 2%. La prevision reposait sur un Libor a trois mois inchange a 3,5%, mais aussi sur la vigoureuse croissance economique de l’annee 2000 et la hausse massive des prix des produits petroliers. La Banque nationale avait alors souligne que les resserrements de la politique monetaire suisse, entre l’automne de 1999 et l’ete de 2000, et le refroidissement attendu de la conjoncture aux Etats-Unis et en Europe contribueraient a eviter une surchauffe inflationniste de l’economie suisse. Elle tablait sur un ralentissement de la conjoncture, puisqu’elle prevoyait une croissance economique reelle de 2,2% en 2001 et de 1,6% en 2002. Au cours du premier trimestre de 2001, on a cependant observe que les pressions a la hausse sur les prix commencaient a faiblir. Le ralentissement de la conjoncture en Suisse et a l’etranger, mais aussi la baisse d’une rapidite inattendue des prix des produits petroliers ont contribue a ce relachement. Le 22 mars, la Banque nationale a reagi a cette evolution en ramenant de 3%–4% a 2,75%–3,75% la marge de fluctuation du Libor a trois mois. Celle-ci n’avait plus ete modifiee depuis le milieu de 2000. Pendant les mois suivants, la conjoncture a perdu de sa vigueur, mais le ralentissement est reste modere, et l’economie suisse a continue a utiliser pleinement ses capacites de production. Comme la plupart des observateurs, la Banque nationale estimait alors que la conjoncture allait marquer une legere reprise aux Etats-Unis vers la fin de l’annee. Mesure a l’indice suisse des prix a la consommation, le rencherissement, qui avait nettement faibli au premier trimestre sous l’effet de facteurs speciaux, a de nouveau augmente au cours des deux mois suivants pour s’etablir a 1,5%, soit approximativement a son niveau moyen de l’annee 2000. Selon la prevision d’inflation presentee lors de la conference de presse du 14 juin, la Banque nationale s’attendait, compte tenu d’un taux d’interet a trois mois de 3,25%, a une stabilisation du rencherissement a 1,5% environ en 2003. C’est pourquoi elle a decide, lors de l’examen de la situation de juin, de maintenir inchangee la marge de fluctuation du Libor. Dans la seconde moitie de l’annee, il est apparu toujours plus clairement que la reprise de la conjoncture aux Etats-Unis n’interviendrait pas aussi rapidement qu’on l’esperait. En outre, la conjoncture en Europe, en particulier en Allemagne, a faibli plus que prevu. Ainsi, les perspectives de croissance se sont deteriorees, pour l’economie suisse egalement.

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